Face à l’épidémie d’Ebola extrêmement préoccupante et en pleine escalade en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda, le Conseil International des Infirmières (CII) met en garde contre le fait que les infirmières et autres professionnels de santé en première ligne sont exposés à de graves risques et craignent pour leur sécurité. Les infirmières sont confrontées à une pénurie d’équipements de protection individuelle (EPI) et de matériel de dépistage, notamment de masques, de visières, de combinaisons de protection, de kits de test et d’équipements nécessaires pour manipuler en toute sécurité les dépouilles hautement contagieuses, tout en travaillant dans un contexte de pénurie persistante de main-d’œuvre et de personnel. Elles risquent fortement de contracter le virus si elles ne disposent pas d’un équipement de protection individuelle (EPI) adéquat et si elles ne bénéficient pas d’une formation appropriée.
Alors que des cas d’infection et des décès tragiques sont signalés parmi les professionnels de santé, y compris le décès d’une infirmière, le CII tire la sonnette d’alarme : le monde risque une nouvelle fois de ne pas protéger ceux qui nous protègent et de répéter les erreurs mortelles commises lors de la pandémie de COVID-19.
L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a confirmé que l'épidémie « prend désormais le pas » sur la réponse apportée. Le président du CII, José Luis Cobos Serrano, a souligné que cette épidémie rappelle de manière brutale la nécessité de protéger les professionnels de santé qui sont au cœur de la sécurité sanitaire mondiale et de la préparation aux situations d'urgence, et a décrit comment les coupes budgétaires dans les domaines de la santé et de l'aide humanitaire ont affaibli les systèmes de santé ainsi que les capacités de surveillance et d'intervention dans les zones touchées. Il a déclaré :
« Une infirmière, qui a tragiquement perdu la vie a été la première victime recensée de cette épidémie d’Ebola. Le CII est en contact direct avec nos associations nationales d’infirmières en RDC, en Ouganda et dans les pays voisins, et les infirmières nous disent qu’elles craignent pour leur sécurité car elles ne disposent pas de l'équipement nécessaire pour se protéger.
« Pendant la pandémie de COVID-19, au moins 115 000 infirmières et autres professionnels de santé ont perdu la vie : les infirmières ont payé un prix dévastateur parce que le monde n’était pas préparé et que les équipements de protection essentiels n’étaient pas disponibles, en particulier dans les pays à faible revenu. Nous ne pouvons pas laisser ces leçons tomber dans l’oubli. Les infirmières et les professionnels de santé de première ligne en RDC et en Ouganda doivent avoir immédiatement accès aux EPI, aux équipements de dépistage et aux ressources dont ils ont besoin pour se protéger, protéger leurs patients et leurs communautés.
Nous recevons également des informations alarmantes selon lesquelles les coupes dans l’aide et le financement de la santé qui touchent des systèmes de santé déjà fragiles dans ces pays, ont contribué au retard dans la détection et à l’escalade rapide de cette épidémie. Le CII avait déjà averti, en s’appuyant sur des preuves de première main, que ces coupes menaçaient la préparation aux situations d’urgence et la sécurité sanitaire à long terme, et nous voyons aujourd’hui, tragiquement, nos avertissements se réaliser. »
La semaine dernière, le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a déclaré que l’épidémie constituait une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) ; c’est la première fois qu’un directeur général déclare une USPPI avant de convoquer le Comité des urgences, ce qui témoigne de l’ampleur et de la rapidité exceptionnelles de l’épidémie. L'Assemblée mondiale de la santé s'est achevée le samedi 23 mai, les États membres n'ayant pas encore finalisé l'annexe relative à l'accès aux agents pathogènes et au partage des avantages (PABS) qui rendra opérationnel l'Accord sur les pandémies : le CII appelle de ses vœux la mise en œuvre de cet accord, qui est plus nécessaire que jamais alors que le monde est confronté à des épidémies simultanées d'Ebola et d'hantavirus qui exigent une solidarité internationale et un accès équitable aux ressources.
Howard Catton, directeur général du CII, a déclaré que l’urgence de santé publique actuelle liée à Ebola exigeait une action urgente et immédiate pour protéger les professionnels de santé en première ligne et garantir une réponse efficace, ajoutant :
« Nous sommes en contact permanent avec nos associations nationales d’infirmières sur le terrain. Les infirmières accomplissent un travail extraordinaire qui sauve des vies, au péril de leur vie et dans des conditions extrêmement difficiles mais dans de nombreux cas, elles signalent un manque d’EPI, d’équipements de dépistage et de formation aux situations d’urgence nécessaires pour assurer leur sécurité et leur permettre d’exercer efficacement leur métier. Nous apprenons que les infirmières craignent d’être infectées et redoutent les conséquences : beaucoup ne disposent pas d’une couverture de santé, d’une assurance ou d’indemnités de risque suffisantes pour leur permettre de se soigner ou de survivre à une perte de revenus si elles contractaient la maladie, une situation tragique que nous avons également observée pendant la COVID-19.
Le CII a plaidé en faveur de la protection des infirmières et des professionnels de santé tout au long de l’Assemblée mondiale de la santé de la semaine dernière et appelle désormais les dirigeants à fournir immédiatement des équipements de protection adéquats, une couverture d’assurance maladie, des indemnités de risque et une formation à tous les professionnels de santé qui interviennent face à cette épidémie. Nous appelons également à un investissement urgent dans le personnel infirmier et les systèmes de santé suite aux coupes budgétaires dans l’aide et la santé, et demandons que l’Accord sur les pandémies soit finalisé et rendu opérationnel.
« Si nous ne parvenons pas à protéger les infirmières et les professionnels de santé qui risquent leur vie pour endiguer cette épidémie, nous manquons à notre devoir envers tout le monde. Sans eux, il n’y a ni réponse ni sécurité sanitaire mondiale. »